Mardi 31 mars 2026 - Je n'ai rien à cacher ? Vraiment ?
Combien de fois me suis-je dit que je n'avais rien à cacher ? Que j'y ai cru. Que je pensais ne jamais être en dehors des clous. Que je me suis menti. La vraie question que je devrais me poser, c'est : puis-je encore choisir ce que je cache…
Combien de fois me suis-je dit que je n'avais rien à cacher ? Que j'y ai cru. Que je pensais ne jamais être en dehors des clous. Mais, depuis peu, je crois que la question que l'on devrait se poser est : puis-je encore choisir ce que je cache…
J'aborde souvent ce sujet lors de mes interventions avec des étudiant.e.s et souvent peu de personnes lèvent la main quand je demande qui a des choses à cacher dans sa vie. Je décide alors de leur partager une petite histoire pour bien comprendre cet enjeu :
Imaginez que chaque mois vous faites un don à une association qui lutte contre les discriminations, le racisme ou qui aide les personnes sans abri. Aujourd'hui, personne n'ira vous le reprocher. Maintenant imaginons que le système en place change, qu'une législation décide qu'il est devenu illégal de financer ce genre d'association et qu'ils accèdent aux comptes et donc dressent une liste des dons. Là, vous avez quelque chose à cacher. Non pas car c'est mal, mais parce que cela peut vous créer du tort. Là est tout l'enjeu des données personnelles, elles finissent par appartenir au système qui lui reclassifie qui l'on est.
Le 11 mars dernier dans les lignes du média NEXT, Jean-Marc Manach présente les dessous d'une industrialisation du traitement de nos données personnelles par un mastodonte de l'information, Reworld Media. L'entreprise explique être en mesure de « connaître les usages alimentaires des Français, comment ils se soignent, d’identifier une intention de déménagement, une grossesse ou une intention de changement de voiture », en respectant le RGPD, évidemment.
Le point de non-retour est bien franchi. Notre intimité n'est plus privée. Elle circule sur les internets, dans les algorithmes. On peut désormais l'utiliser contre nous. Pas besoin de test de grossesse, les pubs nous le diront. Plus besoin de chercher un appartement, on nous le proposera directement.
Qu'en est-il de notre usage de l'internet ? Explorons-nous vraiment l'internet ou est-ce lui qui nous explore ? Il est encore temps de colmater les brèches et de tenter de préserver le peu d'intimité qu'il nous reste. Il est temps de devenir des infidèles du net
Pour découvrir le travail et l'article de Jean-Marc Manach, c'est juste en dessous

N'oubliez pas que
Lorsque vous dites « le droit à la vie privée ne me préoccupe pas, parce que je n'ai rien à cacher », cela ne fait aucune différence avec le fait de dire « Je me moque du droit à la liberté d'expression parce que je n'ai rien à dire », ou « de la liberté de la presse parce que je n'ai rien à écrire ».
-- Edward Snowden, Citizenfour (2014), écrit par Laura Poitras
